Avec Celan et Kiefer au Grand Palais éphémère

Dans le Grand Palais éphémère, aussi impersonnel qu’un hall d’aéroport, les toiles d’Anselm Kiefer rendaient un hommage monumental au discret Paul Celan dont les fines écritures semblaient à première vue absentes ou perdues. Il fallait patienter, attendre que ça infuse, revenir plusieurs fois sur ses pas, repérer dans le gigantesque tableau cette humble adresse Für Celan, puis les mots du poème et soudain, Celan était là, tout entier, corps, âme et imaginaire, dan chaque aplat de couleurs mêlé de cendres, d’épis, de fougères, de roses et de pavots.

Journal d’images, janvier 2022, Paris © Chantal Deltenre

L’ÉTERNITÉ, Poème de Paul Celan, Extrait de « Pavot et mémoire » (Christian Bourgeois éditeur) Traduction inédite de Daniel De Bruycker

Écorce de l’arbre nuit, des couteaux nés de rouille

te chuchotent les noms, le temps et les cœurs.

Une parole, qui dormait lorsque nous l’entendîmes,

se glisse sous les feuillages :

disert sera l’automne,

plus diserte la main qui le ramassera

et fraîche comme le pavot de l’oubli, la bouche qui l’embrassera.

DIE EWIGKEIT (Version originale du poème de Paul Celan)

Rinde des Nachtbaums, rostgeborene Messer

flüstern dir zu die Namen, die Zeit und die Herzen.

Ein Wort, das schlief, als wirs hörten,

schlüpft unters Laub :

beredt wird der Herbst sein,

beredter die Hand, die ihn aufliest,

frisch wie der Mohn des Vergessens der Mund, der sie küsst.

À propos de Chantal Deltenre

écrivaine et ethnologue

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