Ce qui parle dans les regards

De passage au Musée d’Orsay, je cherche le tableau de Fantin-Latour « Le coin de table » où apparaissent Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. Je les regarde tous deux, longuement.

Eux, ne se regardent pas. Verlaine a les yeux fixés droit devant lui. C’est Rimbaud qui le dévore des yeux. Rimbaud, qui vient d’avoir 18 ans (le tableau est peint en 1872), aime Verlaine qui, dix ans plus âgé que lui, le prend sous son aile. 

Je voulais revoir ces deux complices, maintenant que la polémique à propos de leur entrée au Panthéon fait rage. Ils y entreraient à la fois pour leur génie et leur liaison. On dit que la famille de Rimbaud prend cela pour un outrage; on se souvient que Verlaine, pris par l’absinthe, n’était pas tendre avec son épouse et son enfant; on prétend qu’ils ne se seraient aimés que pendant quatre d’un amour épisodique et tumultueux auquel Rimbaud voudra poser un point final dans une chambre borgne à Bruxelles où Verlaine lui tirera dessus avec son revolver; on rappelle que Rimbaud vendait des armes, ce qui n’est pas très honorable pour le Panthéon.

Immortalisés par leur poésie Verlaine et Rimbaud sont si tranquilles ici, dans le tableau. 

Journal d’images, 2020 Ch. Deltenre

 

À propos de Chantal Deltenre

écrivaine et ethnologue

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