Mars 2020 Réfléchir aux mots

On n’est jamais assez attentif aux mots. Aujourd’hui le mot « guerre » est partout sur les ondes, sur les lèvres. Le Président l’a répété six fois dans son discours :  « Nous sommes en guerre ». J’ai plus de mal encore à m’habituer à ce mot qu’à celui de « confinement » qui m’évoque  une centrale nucléaire. On parle de l’enceinte de confinement d’un réacteur. Le terme m’a ramenée aux jours sombres de  Tchernobyl et Fukushima. On n’en est peut-être pas loin. Les deux mots me replongent dans le drame syrien désormais passé sous silence. Au début de la semaine encore, on parlait d’Idlib « confinée sous les bombes ». Cette vraie guerre, qui nous semblait si lointaine, est entrée dans nos propres vies, hors du fracas des bombardements,  dans le même calme trompeur qui régnait sur la forêt de Tchernobyl aprè l’explosion : une mort invisible, silencieuse. Nous n’avons que peu de mots pour dire les catastrophes, ils sont toujours pareils. Pourtant cela ne nous a jamais amenés à y réfléchir tous ensemble.

Chantal Deltenre, Journal, Mars 2020

 

À propos de Chantal Deltenre

écrivaine et ethnologue

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