Mars 2020 Sans contact ?

« Sans contact ? » Cette question banale qui ponctue les achats par carte bancaire depuis quelques années, m’a toujours paru de mauvais augure. J’y entendais le signe d’une société de plus en plus solitaire, séparée. Avec le temps, j’avais pourtant fini par m’y habituer. Elle était parfois l’occasion d’un brin d’humanité dans les échanges banals : « Oui, si elle veut bien » disait-on au caissier ou à la caissière du supermarché, à la boulangère ou au boulanger…  Le « sans contact » était rétif, même si on n’avait pas l’impression d’avoir dépassé le plafond autorisé. Ce bref suspens donnait lieu à un vague échange, quelques mots, un sourire contrit ou satisfait selon qu’il avait ou pas fonctionné. Depuis le début du confinement, le « sans contact » est partout proposé, l’idée étant d’éviter tout contact précisément. Mais plus personne ne pose la question, tellement la réponse va de soi. A nos corps défendant, le « sans contact » est devenu le principe même de notre humanité, interdite de s’approcher, de se toucher, de se serrer la main, de s’embrasser… C’est bien ce que je croyais : le sans contact était de mauvais augure. On ne se méfie jamais assez des mots quand ils pénètrent nos routines, surtout par le truchement d’une puissance aussi omniprésente et volatile que… l’argent.

Chantal Deltenre, Journal, Mars 2020

 

 

À propos de Chantal Deltenre

écrivaine et ethnologue

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