Points et lignes – Fils de concertina

Dans la prison abandonnée à Cayenne, une fleur avait poussé dans les fils concertina en haut d’un mur d’enceinte. Avec le temps, elle se rapprochait du mur d’en face, celui de la liberté. Là où aucun prisonnier n’aurait pu passer, elle était prête à s’évader. On ne se méfie jamais assez de la persévérance végétale.

En revoyant ces bobines de fil hérissées de coupants, je me suis souvenue de la première fois où j’avais entendu ce mot concertina. C’était dans la bouche d’un surveillant au Camp Est, centre de détention de Nouméa.  » Le malheur, disait-il, c’est que les concertina rouillent très vite à cause de la proximité de l’océan.  » Un détenu venait de s’évader en passant par-dessus ces fils coupants.

Dans mon esprit, le concertina était un instrument à vent, une sorte de bandonéon.  Les fils de concertina en haut des murs d’enceinte des prisons se détendent avec la même grâce que les soufflets de l’instrument mais ne produisent aucune autre musique que celle des cris de douleur étouffés des prisonniers qui tentent de s’évader.

 

Journal d’images, Cayenne, 2018 – Chantal Deltenre

À propos de Chantal Deltenre

écrivaine et ethnologue

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