Lettres de Guyane – Jour 18

Jour 18, 8 février 2018, Cayenne

… Il est cinq heures du matin, et je viens de rentrer la tête toute bourdonnante de rhum et de danse au bal des touloulou… Je t’écris dans la foulée, avant de me coucher, sinon je manquerai à ma promesse de t’envoyer au moins un message heureux tous les jours. Or ce bal paré-masqué, au lieu-dit Chez Polina, m’a vraiment comblée. Imagine la scène : une salle de bal surchauffée, un orchestre endiablé, plus de cinq cents femmes (les touloulou !) masquées,gantées, vêtues d’élégantes robes longues, bref couvertes de la tête aux pieds de façon à ne pouvoir être reconnues. Elles débarquent comme des princesses sous l’oeil concupiscent des hommes massés autour de la piste, en simple tenue de ville, et qui attendent patiemment d’être choisis comme cavaliers par les belles.

Très vite les couples se forment. L’orchestre enchaîne des airs langoureux ou éffrenés . Les danses sont sensuelles, de vrais corps à corps, mais jamais de geste ou comportement déplacé. Les touloulou sont coquettes, j’ai pu les photographier. Certaines ont tenu à se faire photographier avec moi. Je me sentais un peu bête en jeans et chemisier…

Puis j’ai décidé d’aller sur la piste, et de continuer à prendre des photos. Mes collègues sont restés sur les gradins, parmi les spectateurs. Toutes les photos que je t’envoie sont floues, mais elles expriment parfaitement ce que je ressentais, prise, emprise de cette sensualité à fleur de peau. Je craignais que les hommes refusent d’être pris en photo, mais ils souriaient, je pense qu’ils étaient si bien que rien au monde n’aurait pu les contrarier. Je t’envoie toutes ces photos après un tri rapide.

Si je devais te dire ce que j’ai le plus aimé dans ce bal, ce serait cette humanité simple et chaotique, toute chavirée d’amour.   Et maintenant, j’appuie sur la flèche « envoi » de mon message en sachant que, vu le décalage horaire, à l’heure qu’il est en métropole, tu le recevras dans un instant…

Fin janvier 2018, je suis partie en mission en Guyane. La veille de mon départ, un ami m’avait fait promettre de lui envoyer tous les jours par email, le récit, même très court, d’un moment heureux. C’était sa façon de m’aider à dépasser une certaine tristesse. Extraits des 21 Lettres de Guyane. Inédit

 

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