Lettres de Guyane – Premier jour

Jour 1, 21 janvier 2018, Cayenne

…  Ce soir je t’écris le bonheur d’être ici, dans cette même chambre que j’occupais déjà en mars 2017 au Foyer des sœurs de Saint Paul de Chartres. Une table couverte d’une toile cirée en madras, un lit étroit, une armoire un peu branlante et deux fenêtres à vantaux, dont l’une donne sur la chapelle. C’est un peu comme si je revenais chez moi. Je l’ai dit à Sœur G., la soeur jardinière dont je t’ai parlé, elle m’a répondu : Si vous avez le sentiment d’être chez vous, c’est que vous y êtes. Ce mot de bienvenue m’a beaucoup touchée (…) En début de soirée, alors que je me préparais à t’écrire dans le silence à peine troublé par le ronronnement du ventilateur (il fait plus de trente degrés ici), une violente averse s’est abattue sur la ville. C’est la saison des pluies dans ce coin du monde que l’on appelait la France Equinoxiale. Je suis sortie au jardin. En quelques secondes, j’étais trempée de cette pluie chaude, une vraie caresse. Dans la pénombre, j’ai cherché des yeux le pied de laurier que j’ai apporté à Sœur G. depuis Paris et qu’elle a aussitôt replanté. Il était là,  un peu penaud mais résistant, entre les hibiscus et les pommes-cannelles. Peut-être déjà occupé à pousser de belles racines dans cette terre si différente de celle à laquelle il était promis. Pour lui, pour moi, c’était notre premier soir ici.  En ce moment où je t’écris,  le désir me prend de ne pas aller plus loin, de me trans-planter ici (…) Ne crois pas que je sois triste. La tristesse n’a pas de prise sur moi quand je me retrouve dans un  ailleurs, un lointain dont le moindre détail m’enchante. A peine arrivée, je suis déjà  comme une abeille qui fait son miel de mille petits riens. Regarde la photo en pièce jointe, une minuscule étoile, une paillette de carnaval, trouvée ce même soir dans le jardin. Elle m’a toute ragaillardie (…)

Fin janvier 2018, je suis partie en mission en Guyane. La veille de mon départ, un ami m’avait fait promettre de lui envoyer tous les jours par email, le récit, même très court, d’un moment heureux. C’était sa façon de m’aider à dépasser une certaine tristesse. Extraits des 21 Lettres de Guyane. Inédit

 

 

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