Ici, tout est crainte et péril. Etretat, 2012

Falaises
A chaque pas
L’attrait du vide et de la chute
Et l’esprit
Qui serine
Reste là 
Du côté du pré
Et du soleil jaune pâle
Des colzas

Ici tout est crainte et péril
Crainte des éboulis
Et péril de faux pas.

Falaises
Découpes têtues
Du pays France
Falaises
De l’anglais « fall »
Et du français « aise »

Longer la barrière
Indique l’écriteau
Mais point de protection
Du côté du vide
Longer la barrière
C’est rester au bord du pré
Du côté de la ruminante tranquillité
Des vivants, bêtes et gens
Oui mais la tentation du vide…

Aller et venir
Au bord des falaises
Le soleil dans le dos
Dans les yeux
Raconter nos univers parallèles
Accorder nos mots, nos pas
Sachant que l’art de la promenade
T’est inconnu
Sachant que si je n’écris pas au cours de notre marche
L’écrit sera perdu

Tu es là, tu marches à mes côtés
Je n’écris pas
Etre à toi, pas à l’écriture
Toujours ce même tiraillement

Traces de labours
Au ras de la falaise
Le paysan a labouré le sentier de la côte
On marche dans son sillon
Il ne veut pas perdre cette terre

Lutter jusqu’au dernier moment
La falaise s’est éboulée au ras du sillon
La terre gît tout en bas
Au niveau des vagues

Il n’en a cure, le paysan, du sentier de randonnée
Il veut garder sa terre pour ses enfants
Cette année, il a ôté la clôture de son champ

Les marcheurs ne s’autorisent pas le moindre écart
Ils marchent dans le sillon
Pieusement.

En bas, la mer cogne.
A quelques mètres de la plage
Un dépôt de falaise
Que la mer ne parvient pas à éroder
Il tourne le dos au large
Pointe vers la terre ferme
La terre mère
Dont il est coupé.

Des mouettes nichent sur son faîte minuscule
Elles sont l’unique lien
Entrer lui, l’échoué, le tranché
Et la falaise qui tient.

Sorti, expulsé
Et cloué là
Au milieu des vagues
Arête du temps
A regarder le trou béant
D’où il est né
Et la terre, éternel plasma
Qui doucement s’effrite.

Ici l’herbe s’est peignée
Juste avant la chute
Et a accroché ici et là dans sa chevelure
Ses bijoux primevères.
Et la terre du sentier
Vieux cuir, vieille peau
Tannée par les pas
Résiste.

Harmonies de couleurs
Fleurs de pissenlit et champs de colza
Harmonies de formes
Piquets de clôtures et rayons bien alignés
De soleil bas.

Suivre le soleil
Toujours plus loin
Là où il éclaire la falaise
Celle-ci où je marche
Est déjà dans le noir
De la disparition.

Et là-bas ?
Combien de temps fera-t-elle durer
Le leurre ?

Le soleil tombe
Disque d’or
Aux contours flous
Mouvements de vagues
Offrande aux falaises

Des fonds marins
Remontent les senteurs
D’algues et de poissons
Les mouettes partent chasser
Au large
Par-dessus les champs
Les alouettes vibrantes
Font repli.

Mais par où marcher si loin sans se perdre ?
Traquer les nids d’autres pas
Et encore et toujours
Rêver d’ailes
Saluer la main qui répare
Unit le neuf et le vieux
Que quelque chose tienne
Par la seule ténacité de l’humain

Puisque le destin – ou est-ce la main de Dieu ?
Voue le paysage
A l’effritement
Planter des bornes et des repères
Pour rien
Entre le ciel et l’eau

Totems inoffensifs

Extraits journal « Ecrire en marchant »

 

 

 

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